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Fragments et notes
Ce n'est donc pas sur France 5 que j'ai pu apprécier la voix d'Annie Ernaux, elle dont j'aime la voix littéraire. Elle y est apparue fragile, lointaine, et je me disais que décidément ce n'est pas toujours une bonne idée de faire parler les écrivains.
Sauf que ce matin, sortant de la radio qui m'enjoignait à m'extirper du lit, c'est bien sa voix "haut-perchée" qui m'a bercée pendant une heure, équilibrée par celle, pleine et d'une intelligence rare, de Rebecca Manzoni dans Eclectik . Plus de questions convenues comme celles de François Busnel à la télé ; mais des interrogation de biais, ténues, relançant toujours au bon moment la parole de l'auteur dont la voix emplie de murmures, de silences, d'hésitations enfantines ou de colères était infiniment plus douce à l'oreille.
Elle y a expliqué d'ailleurs qu'elle s'était "fabriqué" cette voix perchée, presque précieuse, pour se différencier des femmes de son enfance, qu'elle jugea un temps grossières et honteuses. Elle a su leur rendre hommage autant dans ses mots que dans les accents contrastés qu'avait son timbre de voix, entraînée par sa pétillante interlocutrice. Des mots incarnés, en somme.
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