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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 19:20

J'ai regardé La Grande  Librairie  de cette semaine pour y entendre Annie Ernaux. Mais c'est Jean-Louis Fournier qui m'a happée. Son Où on va Papa m'avait beaucoup plus il y a trois ans, récit autour de ses deux (!) enfants handicapés, qu'il évoquait avec la drôlerie désespérée d'un Desproges, avec qui il a travaillé. Peut-être le texte manquait-il d'organisation, de squelette, mais pas de chair, et cette  incarnation pleine de tendresse et de de douce amertume me convient à merveille.

 

" Cette année, des amis m'ont envoyé comme carte de voeux une photo d'eux entourés de leurs enfants. Tout le monde a l'air heureux, toute la famille rit. C'est une photo très difficile à réaliser pour nous. Il faudrait déjà faire rire Thomas et Mathieu sur commande. Quant à nous, les parents, nous n'avons pas toujours envie de rigoler.

  Et puis je vois mal les mots "Bonne année" en anglaises dorées juste au-dessus des têtes hirsutes et cabossées de mes deux petits mioches. ça risque de ressembler plus à une couverture de Hara-Kiri  par Reiser qu'à une carte de voeux." (page 51)

 

"Je ne comprends toujours pas pourquoi on félicite et récompense ceux qui ont des beaux enfants, comme si c'était de leur faute. Pourquoi, alors, ne pas punir et mettre des amendes à ceux qui ont des enfants handicapés ?" (page 65)

 

 

Il y a eu une "polémique" autour de son bouquin, la mère des deux garçons se trouvant blessée par ce qu'elle a pris pour de la moquerie et de la causticité. Et se sont engouffrés derrière sa peine à elle (légitime et qui ne nous regarde pas) de nombreux commentateurs, dont le premier degré me désole un peu. Les bons sentiments ne font pas la bonne littérature, je crains souvent qu'il ne fasse pas la vie non plus.

 

Fournier était invité cette fois pour son dernier ouvrage, Veuf, écrit un an après la mort d'une femme qu'il a aimée pendant des dizaines d'années. Quand on lui a demandé où il trouvait le force de tout tourner en dérision, il a répondu qu'il était étonné qu'on lui attribue du courage, là où il voyait  surtout la seule manière de survivre. Il a parlé de goût de vivre, malgré les "tuiles somptueuses" qu'il a prises sur la tête durant sa vie. J'ai trouvé la formule élégante. 

 

Et puis c'est Jean-Louis Fournier a écrit la dépêche « Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non ? » et créé la Noiraude, alors bon...

 

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