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Fragments et notes
Parfois j'oublie que j'ai commandé des livres... et j'ai l'impression de recevoir un cadeau quand la Poste me les apporte.
Hier matin ma boîte à lettre était facétieuse. Après quelques semaines égocentrées et peu enclines à la lecture, elle m'a offert Nos vies romancées d'Arnaud Cathrine et Journal du dehors d'Annie Ernaux.
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Les instantanés qu'Annie Ernaux a voulu livrer au lecteur dans ce Journal du dehors, sont des petits morceaux de vie très précieux. Elle a cherché à gommer l'émotion qu'elle a pu ressentir en captant des conversations dans le RER, des scènes dans le supermarché, des visages dans la rue. Dans la préface elle parle de "pratiquer une sorte d'écriture photographique du réel, dans laquelle les existences croisées conserveraient leur opacité et leur énigme." Je crois profondément qu'il n'y a pas plus romanesque que ces fragments, et donc pas plus vivant.
Elle conclut sa présentation ainsi :
"Mais, finalement, j'ai mis de moi-même beaucoup plus que prévu dans ces textes : obsessions, souvenirs, déterminant insconsciemment le choix de la parole, de la scène à fixer. Et je suis sûre maintenant qu'on se découvre soi-même davantage en se projetant dans le monde extérieur que dans l'introspection du journal intime -lequel, né il y a deux siècles, n'est pas forcément éternel. Ce sont les autres, anonymes cotoyés dans le métro, les salles d'attente, qui, par l'intérêt, la colère ou la honte dont ils nous traversent, réveillent notre mémoire et nous révèlent à nous-mêmes."
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C'est ce que dit Arnaud Cathrine -lecteur d'Annie Ernaux d'ailleurs- dans Nos vies romancées. Lui dont j'aime tant les romans, s'est livré à un exercice périlleux -mais au regard de ce que j'ai commencé à lire d'une grand justesse- : évoquer quelques livres qui l'ont "infiniment aidé". Il y parle en creux de lui, de nous, de littérature, dans ce qu'elle a d'essentiel et de vital.
"Ces livres m'ont envoyé ailleurs, dans le corps et la voix de qui je n'étais pas et, ce faisant qu'ils fomentaient mon évasion, ils m'ont déposé au coeur de moi-même, procédant à une invasion salutaire, m'allouant cette chose toute simple dont on ne peut aucunement faire l'économie : la reconnaissance ; petit miracle que Charles Juliet résume d'un sublime trait de simplicité : "Le rôle de l'écrivain est de prêter à autrui les mots dont il a besoin pour accéder à lui-même." Ces livres me devinaient, ils m'écrivaient et me donnaient droit de cité tout en mettant au jour une part commune. Je m'aventurais dans l'étranger pour finalement tomber sur moi-même, m'offrant d'aller dans une complexité à laquelle la dictature du divertissement généralisé a définitivement tourné le dos. Ces livres prenaient soin de moi."
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A relire les lignes du dessus, je sais à quel point la résonance des mots peut être forte. Salle d'attente. Evasion, invasion. Accéder à soi pour en prendre soin.
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