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Jeudi 22 décembre 2011 4 22 /12 /Déc /2011 16:48

Parfois j'oublie que j'ai commandé des livres... et j'ai l'impression de recevoir un cadeau quand la Poste me les apporte.

 

Hier matin ma boîte à lettre était facétieuse. Après quelques semaines égocentrées et peu enclines à la lecture, elle m'a offert Nos vies romancées d'Arnaud Cathrine et Journal du dehors d'Annie Ernaux.

 

***

 

Les instantanés qu'Annie Ernaux a voulu livrer au lecteur dans ce Journal du dehors, sont des petits morceaux de vie très précieux. Elle a cherché à gommer l'émotion qu'elle a pu ressentir en captant des conversations dans le RER, des scènes dans le supermarché, des visages dans la rue. Dans la préface elle parle de "pratiquer une sorte d'écriture photographique du réel, dans laquelle les existences croisées conserveraient leur opacité et leur énigme." Je crois profondément qu'il n'y a pas plus romanesque que ces fragments, et donc pas plus vivant

Elle conclut sa présentation ainsi :

 

"Mais, finalement, j'ai mis de moi-même beaucoup plus que prévu dans ces textes : obsessions, souvenirs, déterminant insconsciemment le choix de la parole, de la scène à fixer. Et je suis sûre maintenant qu'on se découvre soi-même davantage en se projetant dans le monde extérieur que dans l'introspection du journal intime -lequel, né il y a deux siècles, n'est pas forcément éternel. Ce sont les autres, anonymes cotoyés dans le métro, les salles d'attente, qui, par l'intérêt, la colère ou la honte dont ils nous traversent, réveillent notre mémoire et nous révèlent à nous-mêmes." 

 

***

 

 C'est ce que dit Arnaud Cathrine -lecteur d'Annie Ernaux d'ailleurs- dans Nos vies romancées. Lui dont j'aime tant les romans, s'est livré à un exercice périlleux -mais au regard de ce que j'ai commencé à lire d'une grand justesse- : évoquer quelques livres qui l'ont "infiniment aidé". Il y parle en creux de lui, de nous, de littérature, dans ce qu'elle a d'essentiel et de vital.

 

"Ces livres m'ont envoyé ailleurs, dans le corps et la voix de qui je n'étais pas et, ce faisant qu'ils fomentaient mon évasion, ils m'ont déposé au coeur de moi-même, procédant à une invasion salutaire, m'allouant cette chose toute simple dont on ne peut aucunement faire l'économie : la reconnaissance ; petit miracle que Charles Juliet résume d'un sublime trait de simplicité : "Le rôle de l'écrivain est de prêter à autrui les mots dont il a besoin pour accéder à lui-même." Ces livres me devinaient, ils m'écrivaient et me donnaient droit de cité tout en mettant au jour une part commune. Je m'aventurais dans l'étranger pour finalement tomber sur moi-même, m'offrant d'aller dans une complexité à laquelle la dictature du divertissement généralisé a définitivement tourné le dos. Ces livres prenaient soin de moi."

 

***

 

A relire les lignes du dessus, je sais à quel point la résonance des mots peut être forte. Salle d'attente. Evasion, invasion. Accéder à soi pour en prendre soin. 

 

 

 

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Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 19:50

Lu un entretien avec Georges Steiner dans le dernier Télérama. Vague souvenir d'avoir parcouru jadis ses Antigones. Il fait partie de ces penseurs de 80 ans d'une époque qui se dissout, études humanistes et traversée de la 2onde guerre mondiale. Il regrette les ponts entre littérature et sciences, sciences et phillosophie. Et fait preuve d'une certaine modestie face à ce qu'il n'arrive pas à comprendre (l'art conceptuel par exemple) : "On ne peut pas être à jour sur tout. (...) Il vaut mieux être honnête sur ses erreurs que d'essayer de bluffer." Je me demande s'il n'est pas bon également d'être à jour sur ses erreurs...

 

Il fait partie aussi de ces intellectuels qui ont beaucoup appris par coeur, pour  "entrer dans l'oeuvre", et pour que "les textes marchent à côté de [lui]". Hubert Nyssen s'est effeuillé quand sa mémoire a commencé à lui jouer des tours, et il rageait souvent dans ses derniers carnets contre ces morceaux de poésie qui lui échappaient. Un poème, une chanson, c'est ce qui a sauvé certains déportés des camps. Et de nouveau je me désespère. Je ne connais rien vraiment par coeur. 

 

Il estime que son multilinguisme lui a ouvert de nombreuses fenêtres sur le monde (moi j'accumule les méthodes pour baragouiner l'anglais ou me faire croire que je vais replonger dans les déclinaisons russes, pfff...), et j'aime assez sa vision des choses : "Tout ce terrible enracinement de Monsieur Barrès ! Les arbres ont des racines ; moi, j'ai des jambes, et c'est un progrès immense, croyez-moi !"

 

Sur la photo, il a le sourcil broussailleux et le regard enfantin.

 

 

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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 20:16

Ce n'est donc pas sur France 5 que j'ai pu apprécier la voix d'Annie Ernaux, elle dont j'aime la voix littéraire. Elle y est apparue fragile, lointaine, et je me disais que décidément ce n'est pas toujours une bonne idée de faire parler les écrivains.

 

Sauf que ce matin, sortant de la radio qui m'enjoignait à m'extirper du lit, c'est bien sa voix "haut-perchée" qui m'a bercée pendant une heure, équilibrée par celle, pleine et d'une intelligence rare, de Rebecca Manzoni dans Eclectik  . Plus de questions convenues comme celles de François Busnel à la télé ; mais des interrogation de biais, ténues, relançant toujours au bon moment la parole de l'auteur dont la voix emplie de murmures, de silences, d'hésitations enfantines ou de colères était infiniment plus douce à l'oreille.

 

Elle y a expliqué d'ailleurs qu'elle s'était "fabriqué" cette voix perchée, presque précieuse, pour se différencier des femmes de son enfance, qu'elle jugea un temps grossières et honteuses. Elle a su leur rendre hommage autant dans ses mots que dans les accents contrastés qu'avait son timbre de voix, entraînée par sa pétillante interlocutrice. Des mots incarnés, en somme.

 

 

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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 19:20

J'ai regardé La Grande  Librairie  de cette semaine pour y entendre Annie Ernaux. Mais c'est Jean-Louis Fournier qui m'a happée. Son Où on va Papa m'avait beaucoup plus il y a trois ans, récit autour de ses deux (!) enfants handicapés, qu'il évoquait avec la drôlerie désespérée d'un Desproges, avec qui il a travaillé. Peut-être le texte manquait-il d'organisation, de squelette, mais pas de chair, et cette  incarnation pleine de tendresse et de de douce amertume me convient à merveille.

 

" Cette année, des amis m'ont envoyé comme carte de voeux une photo d'eux entourés de leurs enfants. Tout le monde a l'air heureux, toute la famille rit. C'est une photo très difficile à réaliser pour nous. Il faudrait déjà faire rire Thomas et Mathieu sur commande. Quant à nous, les parents, nous n'avons pas toujours envie de rigoler.

  Et puis je vois mal les mots "Bonne année" en anglaises dorées juste au-dessus des têtes hirsutes et cabossées de mes deux petits mioches. ça risque de ressembler plus à une couverture de Hara-Kiri  par Reiser qu'à une carte de voeux." (page 51)

 

"Je ne comprends toujours pas pourquoi on félicite et récompense ceux qui ont des beaux enfants, comme si c'était de leur faute. Pourquoi, alors, ne pas punir et mettre des amendes à ceux qui ont des enfants handicapés ?" (page 65)

 

 

Il y a eu une "polémique" autour de son bouquin, la mère des deux garçons se trouvant blessée par ce qu'elle a pris pour de la moquerie et de la causticité. Et se sont engouffrés derrière sa peine à elle (légitime et qui ne nous regarde pas) de nombreux commentateurs, dont le premier degré me désole un peu. Les bons sentiments ne font pas la bonne littérature, je crains souvent qu'il ne fasse pas la vie non plus.

 

Fournier était invité cette fois pour son dernier ouvrage, Veuf, écrit un an après la mort d'une femme qu'il a aimée pendant des dizaines d'années. Quand on lui a demandé où il trouvait le force de tout tourner en dérision, il a répondu qu'il était étonné qu'on lui attribue du courage, là où il voyait  surtout la seule manière de survivre. Il a parlé de goût de vivre, malgré les "tuiles somptueuses" qu'il a prises sur la tête durant sa vie. J'ai trouvé la formule élégante. 

 

Et puis c'est Jean-Louis Fournier a écrit la dépêche « Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non ? » et créé la Noiraude, alors bon...

 

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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 18:49

En soulevant La Méditation pour les nuls, Exercicesd'entraînement au théâtre (tome 2) et le Limonov d'Emmanuel Carrère, je retrouve quelques uns des livres lus pendant l'année écoulée.

 

Beaucoup de femmes, sans l'avoir décidé consciemment.

 

A Stockholm j'ai terminé la dernière aventure de Kurt Wallander désemparée, les dernières lignes m'ont anéantie, alors même que je foulais pour la première fois la terre suédoise... Je ne comprends pas pourquoi l'auteur s'est autant acharné sur son personnage, ses récriminations dans la presse sur ce commissaire qu'il a créé et qui l'a accompagné aussi longtemps me paraissent louches. (Heureusement que j'ai pu retrouver un peu de la douce grisaille et de la mélancolie désabusée de Kurt dans les téléfilms de la BBC, avec un Kenneth Branagh magnifiquement décomposé.)

 

C'est là que j'ai enchaîné avec le bien nommé Purge, de Sofia Oksanen. Mêmes paysages, construction savante, personnages magistraux.

 

Et sans m'en rendre compte, je n'ai ensuite choisi que des auteurs féminins : Véronique Ovaldé, Annie Ernaux, Jane Sautière.

 

Pour conjurer l'évanousissement de la Scanie, peut-être... 

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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 11:32

...

Replongé dans les carnets d'Hubert Nyssen. Dans ses derniers textes, la mort rôde, la vie aussi. Il y a des platanes, la mémoire qui fuit, des mots et des feuilles qui tombent, et tout ce mélange est à la fois triste et éclatant.

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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 00:29

Relu les dernières notes, qui ont un an tout juste.


Allain Leprest s'est donné la mort au cœur de l'été. 

Hubert Nyssen s'est éteint ces jours-ci, comme ses carnets, qui se sont peu à peu évanouis ces derniers mois. 

Heining Mankell a sacrifié Kurt, et j'ai lu ce lâche abandon il y a pile 12 mois, à Stockholm, entre deux cafés qui réchauffent les vapeurs suédoises.

Et sinon ? Hé bien ce qu'Annie Ernaux appelle des "grands blancs, de plusieurs mois, voire d'années, qui correspondent à des périodes pendant lesquelles je n'écris pas du tout, parce que la vie me requiert ou m'occupe davantage." (L'atelier noir)

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Mardi 2 novembre 2010 2 02 /11 /Nov /2010 14:03

...

Lectures en parallèle, lectures parallèles, liens imprévus. 

 

Dans Le Festin Nu de W. Burroughs, tissage halluciné des visions d'un drogué, il est fait mention de Malmö :

"Pire même que le bourdon que tu attrapes en Suède quand tu débarques du ferry à Malmö"

 

Le même Malmö à côté duquel Wallander traîne sa dernière enquête et son inquiétude. Je le lis un peu l'angoisse au ventre ce roman, et du coup les récits morbides de Burroughs me sont presque un divertissement.  

 

 

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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 16:52

Je n'ai pas pu rentrer dans le dernier Mankell,  Avant le gel,  il y a quelques mois. Overdose ? Peur de la fin ? Déception face au changement de point de vue (c'est la fille de Kurt Wallander, Linda, qui est au centre, à une semaine de son entrée dans la police). 

 

Mais vient de paraître la dernière enquête du commissaire neurasthénique (et suédois ; ce qui me semble aller délicieusement ensemble...) J'ai ressorti du coup Linda, et le premier jour des vacances étant toujours propice pour moi à une absorption romanesque, j'ai replongé dans la Scanie venteuse, profitant d'un canapé neuf et d'un nouveau stock de thé vert. Bien m'en a pris : le sofa est confortable, le thé fameux, et le roman aussi. L'enquête est prenante, mais ce sont les pensées de la jeune aspirante qui sont haletantes, ses liens avec son père, son propre rapport à la mort, au passé, aux paysages et au climat nordiques...

 

Une fois ma lecture finie, j'ai bien été obligée de recueillir la dernière enquête de Wallander, même si sa parution en grand format est un acte commercial honteux et attrape-gogo, que je condamne fermement, évidemment. Evidemment...

 

Qu'il est gros ce livre, il m'encombre dans le métro, il remplit mon sac, chute de ma table de chevet, me désoriente parce que je ne reconnais pas la couverture du format poche qui m'a accompagnée depuis un an et demi...

 

Et ça rajoute à mon trouble : c'est la dernière enquête (dixit l'auteur), Kurt s'enfonce dans la solitude,  il compte les grains de sable du temps qui passe, le vent souffle toujours... Il ne faut pas, cette fois, que je lise trop vite...

 

 

 

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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 16:25

Taper une lettre sur Google et se voir proposer des mots et expressions relève toujours du bonheur intense... Les renvois concernent généralement le monde clos d'internet (f comme facebook, g comme gmail, h comme hotmail...) ou se rapportent au monde rêvé de la consommation (i comme ikéa, z comme zara, etc.)

 

Mais je ne m'attendais pas à ce que le mot "Iliade" soit associé à... "Phildar". Du coup j'ai fait une incursion dans le  microcosme du tricot. Et j'ai failli craquer pour les dites-pelotes Iliade, "fil classique (qui) remplace la qualité Pégase". On peut aussi commander du fil Muse, ou Thalassa... Pour un peu je m'achèterais des aiguilles, tiens...

 

 

 

 

 

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